MANIFESTE

« Pour être humain, il faut parcourir les extrêmes de l’expérience humaine. » E. Bond.

« Avec rien, créer un monde entier sur scène. » J. Grotowski

Les UBERYOU sont des manifestations théâtrales ou parathéâtrales visant à interroger les limites du théâtre, à explorer de nouveaux modes d’expressions, des formes singulières l’expérimentation de nouveaux langages dramatiques, transversal et interdisciplinaires…

Les UBERYOU, même s’ils se sentent concernés par notre situation actuelle sociale, politique ou artistique... choisissent d’éviter toute dénonciation facile, tout théâtre réduit au documentaire militant qui tente de modeler des opinions sans réelle interrogation essentielle... ils préfèrent se tenir ouverts et sensibles aux problèmes nous concernant au travers de recherches expérimentales et artistiques.

Les UBERYOU proposent, sans préoccupation de résultat ou de produit, un processus d’engagement et de recherche. La confrontation des différents univers de l’art, pour de nouvelles expressions... sans éviter de prise de risque.

Une réflexion sur un travail autour de l’actualité... avec un mode d’expression correspondant à une confrontation directe.

En fonction des matériaux et des thèmes choisis, les Uberyou imposent un changement de forme et de méthodologie.

-Une confrontation des univers sur des bases aléatoires: limite et transgression, conceptualisation et hasard, fragilité et performance, construction et destruction.

Mise en péril des règles de perception habituelle : pas d’espace, pas de temps, pas de couleur, aucune dimension, pas de mouvement... pas de sujet, pas d’objet, pas de matière ou de symbole, pas de signe ou de douleur, pas de distraction ou de superficiel... association de sens et non sens ... pas de jeu d’échec... refus des plaisirs du combinatoire.

Résistance aux tentations du superflu, travail en profondeur, sur des vibrations souterraines pour créer des tensions, des violences oppressantes...

Refus d’une opposition entre passé et présent... recherche d’un pont entre les formes archétypales et les nouvelles technologies.

Refus de toute provocation gratuite (joie du bohème intellectuel d’aujourd’hui, rappelant certaines facilités des années 70) mais concentration sur l’intensité et la limite... ne pas chercher à plaire, à séduire... chercher la confrontation... le vertige, l’oppression, la réflexion... 


Confrontation des univers sur des bases aléatoires : limite et transgression, conceptualisation et hasard, fragilité mécanisme théâtral, construction et destruction. Mise en péril des règles de perception habituelle :

Recherche d’un pont entre les formes archétypales et les nouvelles technologies, expression

Refus de conforter le spectateur dans la superficialité de ses attentes, de son désir d‘une récompense immédiate.

Le théâtre doit apparaître comme un terrain de recherche ou de dévoilement. Si une représentation s’ouvre à l’expérimentation, elle livrera au spectateur le moyen d’atteindre une réalité polymorphe, témoin d’une pensée fugace, cachée et ancrée dans l’existence de chacun. Le travail, les choix de circulation d’énergie, de l’invention tiennent plutôt d’une sorte de processus organique et physiologique que d’un calcul mental et conceptuel. Les expériences, les tâtonnements, les essais, les arrêts, les reprises, les surprises, les pièges, les émerveillements doivent constituer la base de recherche et d’expérimentation. Il s’agit de refuser d’être un démiurge répondant à des aspirations évidentes et stéréotypées, pour se rendre disponible à d’autres manières d’appréhender le monde, de sentir, de penser et de dire, rompant avec la norme sur lesquelles notre existence sociale repose. La recherche se doit d’accompagner un monde en perpétuel mouvement, à l’interroger sur son devenir. Chaque processus apparaît comme un acte dérisoire mais relève aussi du plaisir dans la quête d’inconnu en gardant l’excellence et l’exigence.

L’art n’est-il pas un exercice d’autodérision, une lutte éternelle entre forme et matière, entre intérieur et extérieur (moi et le monde), entre concret et éternité? Là où l’art rejoint la vie, l’homme est condamné à créer comme on est condamné à vivre.

L’essence du théâtre est une rencontre. Celui qui accomplit un acte d’autorévélation établit un contact total avec lui-même, une confrontation extrême, discipline précise, sincère et pas seulement une confrontation avec ses pensées mais une confrontation qui implique tout son être, depuis ses instincts et son inconscient jusqu’à son état le plus lucide.

Ce qui nous concerne c’est le spectateur qui souhaite, par la confrontation avec le spectacle, s'auto-analyser réellement. Nous ne travaillons pas pour l’homme qui va au théâtre pour satisfaire ses besoins sociaux « culturels » autrement dit, pour avoir quelque chose à raconter aux autres ou pour qu’il puisse dire qu’il a vu telle et telle pièce et que “c’était intéressant“. Le théâtre c'est un évènement, il faut s'ouvrir à un inconnu sous-jacent et ne pas chercher de cohérence en permanence, le public doit retrouver son vrai statut, sa dignité lorsque c’est lui qui génère le sens, assume la confusion et fait l‘expérience de la pièce, instant après instant, vérité après vérité, contradiction après contradiction.

La commercialisation de l’art amène la déshumanisation de celui qui la reçoit. La réalité du marché modèle les goûts des spectateurs, imposant ses valeurs absurdes, et parfois triviales… le poussant même à réaliser des désirs fabriqués et éloignés de ses besoins réels. Dans ce processus de fabrication et de multiplication des modèles, il n’existe plus de place pour une création riche, courageuse, intense et autonome.