Depuis 30 ans, Urszula Mikos promeut l’écriture d'aujourd'hui, cherchant à appréhender la schizophrénie contemporaine : celle de l’ambiguïté du monde auquel nous appartenons malgré nous, entre vie et apparence, fantasme et réel, dans lequel luttent constamment artifice, performance et sincérité. A travers ses choix, elle interroge le caractère fragmentaire des Hommes et de leur monde, leurs fantasmes, leur éloignement de la vie, leurs obsessions, mais aussi les manipulations et tromperies de quelques possesseurs du Pouvoir ou l’héroïsme ordinaire de Ceux qui parviennent à occuper leur espace vital à chaque moment.

Les spectacles d’Urszula Mikos donnent la sensation d'une cacophonie étrange et expressive. Le mélange des conventions théâtrales crée une impression de dissonance où une chorégraphie précise est traversée de moments de désordre, de paroxysmes, de saturations, de hors-jeu... La tromperie hallucinatoire, parfois emplie de stéréotypes et de clichés, s'oppose à l’irruption de la vie, au hasard.

Urszula Mikos pousse sa recherche de connexion entre l’acteur, le personnage et le spectateur jusqu’aux limites du théâtre: les acteurs travaillent dans un rapport brut au plateau et jouent de l’instantanéité de la représentation, tout comme ils peuvent s’abstraire d’un rapport frontal avec le public et créer leur "quatrième mur". Dans plusieurs pièces, elle place l’action de la pièce à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle. Ainsi, le lieu semble imprégné de l’univers de la pièce depuis longtemps, évitant l’impression de décor superficiel.

Elle envisage le personnage théâtral comme une "figure bricolée": il est une forme abstraite, rapiécée, changeante, apte à donner l’image de nos déséquilibres. Il n'est plus un être défini par une psychologie mais par un parcours. Exposé à la multitude, condamné à une solitude désincarnée, ce «corps bricolé» apparaît presque absent de sa propre vie, capable de cruauté mais touchant et poétique.

« Refusant l’indigence de la trouvaille, le caractère rassurant du concept scénique comme la simple "explication de texte", Urszula Mikos mène une recherche sur la forme théâtrale même, interrogeant les modes de jeux, les langages scéniques susceptibles de mettre en valeur toutes les résonances de l’œuvre chez le spectateur. Sans vouloir se substituer à l’auteur, elle considère la mise en scène comme une création dont les propositions doivent révéler la densité, la modernité des enjeux dramatiques. Cette exigence impose bien sûr une continuelle recherche avec des partenaires à la forte personnalité, acteurs capables de sortir des sentiers battus pour envisager un rapport toujours renouvelé à leur interprétation, compositeurs, scénographes peu soucieux d’illustration pour envisager une lecture créative de l’espace physique ou sonore de la pièce. »
Olivier Cohen

« A chaque réalisation, Urszula Mikos repousse les limites du théâtre, posant des questions primordiales sur la place de l’Homme dans la société et dans l’Histoire. Ces six dernières années, la metteur en scène travaillait sur une trilogie inattendue, débutant par "Kordian", réalisée dans un contexte contemporain, tragédie de la révolte impuissante de l‘individu solitaire. Elle se poursuit par "Comédie Non Divine", une réflexion sur la mécanique écrasante de l’Histoire. Puis elle finit par un dernier volet, "Hérodiade/ hero die". Sans être influencée par les tendances et les modes qui l’entourent, elle réalise avec conséquence son propre programme artistique. Chacun de ses spectacles initie un vrai débat politique et social. Cette artiste devance souvent son temps, posant chaque fois un nouveau défi au théâtre. Dans ses choix de textes apparaît une sensibilité aux antihéros, à la solitude et à l’atmosphère délétère de notre temps : Urszula Mikos trahit une profonde compréhension du tragique de l’Homme d’aujourd’hui. »
Agnieszka Kumor, RFI

« Une interrogation sur l’intrusion vampirisante de l’image filmée sur la scène théâtrale oriente les derniers projets d’Urszula Mikos. Le théâtre peut-il encore ignorer la dimension technologique de la représentation médiatique ? L’acteur est confronté physiquement à un redoublement de son action. Il pense jouer, alors que "son jeu est déjà fait". L’image qui s’imprime sur l’espace scénique capture ses initiatives, l’empêche d’exister, de se (dé)placer, de parler. Conditionnement idéologique, elle définit l’Homme Moderne malgré lui. "Hérodiade / hero die" de Laurent Contamin est dans la continuité de "Kordian" de Juliusz Slowacki et de "Comédie non Divine" de Zygmunt Krasinski, les deux précédentes mises en scène d’Urszula Mikos : la critique de l’autoritarisme de l’image y est dirigée contre l’époque qui l’a produite. Le libéralisme a remplacé le tsarisme et le marxisme en véhiculant une même coercition par l’image autorisée. Urszula Mikos révèle la condition iconique de l’acteur. »
Alexandre Wong – Cassandre

retour à about me